Protection de l’enfant étatique versus privée – concurrence, complémentarité judicieuse ou coexistence enrichissante?

Protection de l’enfant étatique versus privée Concurrence, complémentarité judicieuse ou coexistence enrichissante?

Étant donné le contexte d’une industrie sociale en plein développement, la protection étatique de l’enfant est confrontée à une part privée grandissante en matière de protection l’enfant. Cette situation fait naitre des interrogations sur le positionnement de l’une par rapport à l’autre. Sont-elles en concurrence, se complètent-elles judicieusement ou s’agit-il plutôt d’une coexistence enrichissante? Il faut définir les missions de l’état qui ne peuvent pas être déléguées en matière de protection de l’enfant et celles qui justifient de briser le monopole de l’état et sa souveraineté, afin de débattre des domaines dans lesquels les organismes privés sont judicieux. Il convient aussi de préciser comment l’augmentation des coûts qui accompagne le transfert de missions au secteur privé se justifie au regard des efforts de rationalisation consentis dans le domaine social et dans quelle mesure le fait de renforcer la protection privée de l’enfant ne nécessite pas des règlementations de la part de l’état (supervision, autorisations obligatoires, règlementation de la tarification, etc.).    Enfin se pose la question de savoir où nous mène «l’industrialisation sociale» et quel sera son prix?

Après deux brèves interventions controversées, ces questions et d’autres doivent être débattues par les participants aux ateliers qualité.

 

Intervenants

Charlotte Christener-Trechsel, présidente de l’APEA de Berne

Markus Spicher, directeur et copropriétaire de SOLOKES GmbH (société à responsabilité limitée pour des mandats de protection d’enfants et d’adultes)

Modération: Andrea Hauri et Daniel Rosch

 

Synthèse des principaux sujets de discussion lors de l’atelier qualité

  • Les prestataires privés doivent disposer d’une autorisation lorsqu’ils acceptent des missions ou un mandat au nom de l’APEA. Une telle autorisation est déjà obligatoire dans le canton BE pour les organisations de placement, les foyers, les familles d’accueil, etc.
  • Que l’organisme soit privé ou public n’est pas déterminant pour la qualité.
  • Il convient de distinguer les entreprises privées des fondations/associations privées (les premières recherchent le profit tandis que les secondes sont d’intérêt général).
  • En Suisse, il existe une longue tradition de prise en charge de la protection de l’enfant et de l’adulte par des prestataires privés, notamment dans le domaine hospitalier.
  • Ils peuvent représenter une sorte de concurrence spécifique par rapport aux prestataires publics en proposant des approches non conventionnelles et de nouveaux concepts. Cela peut faire naitre une concurrence et mettre la pression sur les prestataires publics qui veulent rester à la hauteur professionnellement.
  • Les prestataires publics doivent traiter un nombre minimum de dossiers, car mener une enquête de protection de l’enfant tous les deux ans ne permet pas une spécialisation/routine suffisante.
  • Les services sociaux régionaux peuvent éventuellement s’apporter une aide mutuelle en cas de pénurie temporaire de personnel.
  • Les services publics ont toujours une certaine inertie dans leur dotation en personnel par rapport aux variations du nombre de cas à traiter. À cet égard, les prestataires privés peuvent s’avérer utiles pour les compléter et les décharger car ils ont une plus grande réactivité. Ils peuvent décharger les services publics en cas de surcharge soudaine. Les organismes privés disposent souvent d’une réserve de collaborateurs qu’ils peuvent employer en fonction des besoins. Les salariés ont souvent un temps de travail flexible qui peut s’adapter aux augmentations de la charge de travail.
  • Lorsqu’un prestataire est mandaté, il faut toutefois veiller à assurer la continuité du service (estimation du rapport bien-être de l’enfant/rapport de confiance et efficacité/optimisation des coûts).
  • Les organismes privés s’avèrent utiles lorsque les client(e)s ont connu de mauvaises expériences avec les services publics et qu’ils ne sont plus disposé(e)s à coopérer avec eux.

 

Andrea Hauri